Dans les cas réels, la loi d'Young (équation 4.2, page
) n'est pas bien vérifiée.
En effet, si on considère une goutte de liquide sur une surface que l'on fait grossir, elle progresse en faisant un angle de contact
avec la surface. Cependant, si on la force à diminuer de taille (par exemple, avec une seringue), elle le fait en formant un angle de contact
.
Dans le cas général, l'angle de contact
peut prendre toutes les valeurs intermédiaires :
| (10.15) |
Ainsi, une goutte déposée sur un plan incliné ne glisse pas toujours dessus. En effet, les angles à ses deux extrémités peuvent varier, l'un pouvant augmenter jusqu'à
, l'autre diminuer jusqu'à
. La goutte commence à glisser lorsque l'on dépasse ces valeurs.
La présence de cette hystérésis a également un effet sur la loi de Jurin. En effet, si on trempe un capillaire dans une bassine contenant un liquide, ce dernier monte à une hauteur :
![]() |
(10.16) |
mais si on commence par emplir le capillaire de liquide que l'on laisse redescendre, il se stabilise à la hauteur :
![]() |
(10.17) |
La force par unité de longueur exercée par l'interface liquide-vapeur sur le solide au niveau de la ligne triple est (dans la direction parallèle à la surface) :
| (10.18) |
On a donc équilibre si cette force se situe dans la gamme :
| (10.19) |
On introduit alors l'angle « moyen »
tel que :
| (10.20) |
et la force moyenne
, et on a :
![]() |
(10.21) |
ou encore, en introduisant l'hystérésis
:
![]() |
(10.22) |
Cette écriture montre l'hystérésis de mouillage sous une forme similaire à la loi de Coulomb (page
), où on doit avoir
.
Considérons une ligne de contact de longueur
qui se déplace, faisant des aller-retours dans la direction
.
À l'aller, l'interface forme un angle
avec le plan, et le travail fourni est :
| (10.23) |
Au retour, l'angle devient
, et on fournit un travail :
| (10.24) |
Au total, on fournit sur un aller-retour un travail :
| (10.25) |
étant l'aire balayée lors de l'aller-retour. L'hystérésis
caractérise donc la dissipation d'énergie lors d'un cycle.
Depuis longtemps, on a compris que l'origine de cette hystérésis se trouve dans les hétérogénéités et la rugosité de la surface.
On peut estimer que l'angle de contact ne varie pas, alors que la surface réelle est rugueuse. Ainsi, l'angle de contact apparent varie quand on se déplace sur la surface.
Cependant, ce modèle est très insatisfaisant. En effet, ce phénomène est réversible, il n'induit donc pas de dissipation d'énergie pendant le cycle. De plus, il ne produit pas d'hystérésis, puisqu'on a :
| (10.26) |
En outre, la surface réelle est bidimensionnelle. De telles variations n'ont donc pas lieu simultanément tout le long de la ligne de contact, et l'angle apparent reste constant.
Ce modèle d'instabilité élastique, datant de 1984, a permis d'expliquer rigoureusement les propriétés de l'hystérésis de mouillage.
Il permet de décrire la façon dont la ligne de contact est déformée par les défauts, qu'il s'agisse de défauts chimiques (induisant une variation locale de tension superficielle) ou de rugosités. En pratique, l'effet de ces deux types de défauts est le même. Comme l'étude de l'influence de la rugosité est très calculatoire, nous allons étudier l'effet d'un défaut chimique.
Sur la surface solide en l'absence de défaut, on a la loi d'Young :
| (10.27) |
Le défaut induit une variation des énergies de surface :
| (10.28) |
où
est non nul sur une zone de dimension
.
Dans le cas présent, on pourra considérer un défaut gaussien :
![]() |
(10.29) |
On plonge une plaque solide dans un bain de liquide, en lui faisant faire un angle égal à l'anle de contact
. Ainsi, en l'absence de défaut, la surface n'est pas perturbée.
Lorsqu'on a un défaut, la déformation correspondante de la surface est
. La forme de la ligne de contact sur la plaque est donc
:
Le défaut induit donc une variation de l'énergie libre de l'interface liquide-gaz :
Si le déplacement maximal
est petit devant la longueur capillaire
, on peut négliger le terme de gravité
.
À présent, on va calculer, pour un profil
donné, l'énergie capillaire
minimale. Cette énergie minimale est atteinte lorsque la forme de la surface libre
est la forme à l'équilibre, donc la forme respectant la loi de Laplace, soit si l'on néglige les effets de gravité :
On calcule alors
sous forme de ses coefficients de Fourier dans la direction
:
![]() |
(10.33) | ||
![]() |
(10.34) |
L'équation 10.32 s'écrit alors :
![]() |
(10.35) | ||
| (10.36) |
Seul le terme en
est conservé, car les expressions doivent tendre vers 0 en
.
D'autre part, on peut faire un développement limité sur l'équation 10.30 :
![]() |
(10.37) |
Or,
est de l'ordre de
. Dans le cas où
est petit, on peut donc écrire :
| (10.38) | |||
| (10.39) | |||
![]() |
(10.40) |
La forme de la surface libre est donc :
| (10.41) |
Connaissant cette forme, on en déduit l'énergie correspondante par l'équation 10.31 :
![]() |
(10.42) |
La première intégrale est de l'ordre de
, et la seconde de l'ordre de
, on peut donc la négliger. Par conséquent :
Parallèlement à la variation d'énergie capillaire, on a une variation de l'énergie libre de mouillage, au niveau de la lame de matériau que l'on plonge :
Le profil
à l'équilibre est celui qui minimise l'énergie libre totale :
| (10.46) |
on a donc pour tous les
:
![]() |
(10.47) |
Ces dérivées terme à terme correspondent aux coefficients de Fourier de deux forces : la force capillaire
et la force de mouillage
. Cette équation d'équilibre traduit donc simplement l'égalité de ces forces.
La force de mouillage vaut (d'après l'équation 10.45) :
![]() |
(10.48) |
Si cette force est localisée sur un défaut de taille
que l'on néglige devant les autres grandeurs du système, elle se présente sous le forme d'un pic de Dirac : ses coefficients de Fourier sont donc tous identiques :
![]() |
(10.49) |
La force capillaire, elle, se dérive de l'équation 10.43 :
![]() |
(10.50) |
De l'égalité de ces forces, on tire :
![]() |
(10.51) | ||
![]() |
(10.52) |
La distorsion totale de la ligne de contact est donc :
![]() |
(10.53) |
Notons que cette distorsion augmente indéfiniment avec la largeur de la plaque, mais que c'est le cas uniquement car nous avons négligé les effets de gravité : en pratique, cette longueur n'excèderait pas
.
Mais dans le cas présent où les longueurs en jeu sont nettement plus petites, la distorsion est proportionnelle à la force ponctuelle de mouillage
:
| (10.54) | |||
![]() |
(10.55) |
L'interface liquide-vapeur exerce donc une force que l'on peut considérer comme une force de rappel élastique vers la position d'équilibre, avec une constante de raideur
.
dépend de la tension superficielle et de l'angle de contact : notons que pour
(cas du mouillage total), la force de rappel reste nulle même avec une très grande déformation : c'est une autre façon de traduire l'effet du mouillage total.
Pour simplifier, on se place à présent dans le cas unidimensionnel : on considère une ligne de contact rectiligne, se situant à une hauteur
sur la plaque. On fait varier le niveau de liquide dans la cuve de façon à faire varier la hauteur de la ligne de contact
à l'équilibre en l'absence de défaut. En
, sur une largeur
, on a notre défaut.
L'équilibre se traduit toujours par l'égalité des forces
et
.
est une force de rappel élastique :
| (10.56) |
et
est localisée sur une largeur
autour du défaut. Par exemple, c'est une gaussienne si on considère notre défaut gaussien.
Si le défaut est suffisamment petit et crée une force assez grande, il existe une plage de
pour laquelle on a 3 positions d'équilibre. Comme dans le cas de la microscopie à force atomique page
, celle du milieu est instable.
Ainsi, lorsqu'on fait varier
autour du défaut, selon qu'on l'augmente ou qu'on le diminue, la position réelle
de l'interface ne prend pas les mêmes valeurs. Sur un cycle complet d'hystérésis, on fournit un travail total :
![]() |
(10.57) |
égal donc à l'aire hachurée sur le graphique.
Ainsi, ce modèle élastique permet d'expliquer les propriétés de l'hystérésis de mouillage, et en particulier l'existence d'un travail dissipé lors d'un aller-retour. En effet, un matériau réel présente de tels défauts sur toute sa surface, et ce phénomène microscopique se reproduit en chaque point au fur et à mesure du déplacement de la ligne de contact sur la surface.
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Josselin Mouette