Considérons le cas simple de la transition liquide-vapeur : on représente ci-contre l'énergie libre par unité de volume
en fonction de la densité moléculaire
. Pour une température constante, la phase homogène n'est stable que si
est confondue avec son enveloppe convexe. Dans le cas contraire (ici, entre
et
, l'enveloppe convexe est la double tangente, en rouge), le système est plus stable s'il y a démixtion entre deux phases.
Si on a
(c'est-à-dire dans la zone hachurée), une petite fluctuation peut provoquer la démixtion, car elle fait diminuer immédiatement
. On dit alors qu'il y a décomposition spinodale.
En revanche, pour
, le système est stable vis-à-vis des petites fluctuations, mais pas vis-à-vis des grandes (par exemple, la présence d'un germe de l'autre phase). On parle alors de décomposition binodale.
On peut réaliser la même construction pour la courbe
, où
est le grand potentiel par unité de volume.
Dans un film liquide mince mouillant d'épaisseur
, l'énergie libre et le grand potentiel par unité de surface s'écrivent :
| (7.1) | |||
| (7.2) |
On pose donc :
| (7.3) |
En effet, à température fixée, le premier terme des expressions de
et
est une droite ; trouver l'enveloppe convexe de ces expressions revient donc à trouver celle de
.
Pour
, l'enveloppe convexe de la courbe est la droite rouge : le film est instable dans ces conditions. Il se sépare en une partie sèche (
) et une partie prémouillée où
.
À l'épaisseur limite
, on a :
![]() |
|||
![]() |
(7.4) |
On reconnaît là l'expression qui définit
. On a donc :
| (7.5) |
Considérons un film mince de liquide, d'épaisseur
, sur une surface solide, en contact avec sa vapeur à pression
. Il règne dans ce film une pression de disjonction (équation 6.16) :
![]() |
(7.6) |
Pour que le film soit stable, il faut avoir
, soit :
![]() |
(7.7) |
Ainsi, quand on part de
et qu'on augmente la pression de la vapeur, on observe une transition du premier ordre, appelée transition de prémouillage, à
: toute la vapeur que l'on insère se condense sous forme d'un film d'épaisseur
, et tant que ce film ne recouvre pas l'ensemble de la surface,
n'augmente pas.
Ainsi, si on considère la transition liquide-vapeur, le diagramme de transition de phase est modifié comme indiqué ci-contre, par l'apparition de la transition de prémouillage sur les parois du récipient, qui se fait pour une pression inférieure à la pression de vapeur saturante.
Le diagramme de phase du liquide non mouillant est similaire à celui du liquide mouillant, à une exception notable : le paramètre de mouillage
est négatif. On voit donc ici que l'enveloppe convexe de la courbe est une droite horizontale : la seule valeur acceptable pour
est 0.
Cependant, si on met suffisamment de liquide, la gravité le force quand même à s'étaler. Afin de tenir compte de ces effets de gravité pour les films épais, il faut ajouter un terme à l'énergie libre ou au grand potentiel, et on a alors :
![]() |
(7.8) |
Pour de grandes épaisseurs,
prend donc une forme parabolique. On observe alors que le film est stable pour une épaisseur
ou
. Entre ces deux épaisseurs, le liquide forme des flaques d'épaisseur
, mais pas sur toute la surface : ce comportement caractérise bien celui des fluides réels.
À L'épaisseur minimale du film
, on peut négliger
et sa dérivée, et cette épaisseur est donc telle que :
![]() |
On en déduit donc :
| (7.9) |
et par conséquent :
![]() |
|||
![]() |
(7.10) |
Josselin Mouette